Interview - Virtualisation et Ecologie
Greennovative a interviewé Nicolas Lepagnez, Ingénieur Systèmes et Réseaux chez DELETEC, sur le thème de la virtualisation, de l’écologie et de l’avenir des Systèmes d’Informations en entreprise. J’en profite pour le remercier du temps qu’il a passé à répondre avec passion et précision à mes questions !
On entend de plus en plus parler de la virtualisation. Peux-tu présenter rapidement le concept à nos lecteurs?
Oui bien sûr. Le principe de la virtualisation pourrait se décomposer en deux parties. La virtualisation de systèmes d’exploitation et la virtualisation d’applications. La première partie, c’est de pouvoir faire fonctionner un ensemble de systèmes d’exploitation en même temps et dans des environnements isolés (Machines Virtuelles ou VM) comme si ces OS s’exécutaient sur une machine physique normale. La virtualisation permet d’utiliser pleinement les ressources du serveur comme ses processeurs ou sa mémoire et de partager ses ressources entre les différentes machines virtuelles. La virtualisation peut être utilisée dans plusieurs scénarios tels que la consolidation de serveur pour une entreprise ou encore des environnements de test et de développement pour des développeurs. Pour la virtualisation d’application, le but étant de mettre en place l’application sur un serveur centralisé pour qu’elle puisse ensuite être déportée, virtualisée sur les postes client comme si cette application s’exécutait sur la machine de l’utilisateur.
La virtualisation est-elle vraiment prête pour une utilisation en entreprise ?
La virtualisation à l’heure actuelle est totalement prête pour les entreprises. Je dirais même plus qu’elle se démocratise de plus en plus vite et devient presque un standard de fonctionnement pour une infrastructure.
Aujourd’hui, la plupart des entreprises qui changent leur parc étudient la mise en place d’environnements virtualisés. La mise en place de telles infrastructures devient très intéressante, que ce soit au niveau des coûts qu’au niveau des performances et fonctionnalités que cela offre.

photo credit: Ronnie Garcia
La virtualisation permet-elle vraiment des économies de matériel et d’énergies ? (et en quoi le permet-elle ?)
L’un des buts de la virtualisation de systèmes d’exploitation est la consolidation de serveur pour une entreprise. Cela consiste à réunir les OS de plusieurs serveurs physiques sur un nombre assez réduit de machines en virtualisant ces OS. Il y a donc une réduction du nombre de matériel et une réduction de la consommation d’énergie, que ce soit pour l’énergie électrique, mais aussi la climatisation des salles des centres de données qui n’a plus besoin d’être aussi importante.
Mais nous pouvons aller encore plus loin en y ajoutant la virtualisation d’application. Imaginez une entreprise où vous remplacez tout les PC surdimensionnés et fort consommateurs d’énergie électrique par de petits boitiers, très peu consommateurs ne servant qu’à afficher et interagir à l’aide du clavier et de la souris. Derrière tout ces boitiers, toute une architecture de serveurs qui sont là pour remplacer le poste client, centraliser l’utilisation des applications et communiquer avec ces petits boitiers pour renvoyer l’affichage du bureau de l’utilisateur. Pour ce dernier, tout est transparent, mais tout s’exécute dorénavant dans un environnement distant optimisé pour n’utiliser que les ressources qu’il faut. Dans ce modèle là, vous économisez de l’énergie et du matériel pour postes clients. Un PC n’est utilisé qu’à 15% environ alors qu’à cette charge, il consomme plus de 70% d’une consommation maximale. L’économie d’énergie à la suppression de ces PC est tout simplement flagrante.
Virtualiser le Système d’Information d’une entreprise revient à dire que l’existant est surdimensionné. Mais que se passe-t-il en cas de montée en charge soudaine ?
La mise en place d’une infrastructure virtualisée ne se fait pas du jour au lendemain et il est important de bien y réfléchir. Lors de la virtualisation d’un parc, nous passons toujours par une étude préalable qui va nous permettre de recenser à la fois le fonctionnement normal des serveurs de l’entreprise, mais aussi les pics soudain auquel ils sont assujettis. C’est à partir de cette phase que nous dimensionneront les futurs serveurs physiques pour qu’ils puissent faire face à des charges soudaines.
Une montée en charge est donc généralement sans aucun danger si l’environnement a correctement été étudié préalablement.
Quelles sont les limites de la virtualisation ?
Pour la majorité des applications serveurs ou des PC, la virtualisation sera bénéfique pour l’entreprise. En revanche, il y a des utilisations qui écarteront automatiquement l’utilisation de la virtualisation. C’est le cas par exemple de serveurs forts consommateurs de processeurs. L’utilisation moyenne de ces serveurs est déjà assez élevée, une grande partie de l’intérêt de la virtualisation est perdu.
En ce qui concerne la virtualisation des postes de travail, il n’est pas non plus envisageable de virtualiser des postes fort consommateurs de carte graphiques ou processeurs. Donc les postes de designers par exemple ne seront certainement pas à prendre en compte dans un processus de virtualisation pour le moment.

photo credit: Ronnie Garcia
Se dirige-t-on vers du “tout-virtualisé” ?
Effectivement, la virtualisation est de plus en plus présente de nos jours. Que ce soit pour les serveurs, pour les PC ou pour les applications, la virtualisation continuera à s’installer de plus en plus dans nos Systèmes d’Informations. De là à dire « le tout-virtualisé », je ne pense pas que ce sera pour tout de suite, le renouvellement du matériel que cela implique, les coûts directs que cela engendre (même si les ROI à moyen et long termes sont là), sont quelques raisons pour lesquelles les entreprises ne se mettent que peu à peu à la virtualisation. La sensibilisation des DSI à l’écologie et à l’économie d’énergie n’est qu’à son début, peut-être que dans un avenir proche, une forte avancée de ce côté-là permettra à la virtualisation d’intégrer les SI plus rapidement.
Quelles sont les tendances et les innovations que nous réserve le secteur de la virtualisation pour les prochaines années ?
La virtualisation a fait de très grand progrès ces dernières années. La virtualisation de serveurs est maintenant rodée et laisse place à l’essor de la virtualisation des postes de travail avec des solutions qui existent déjà, mais certainement des progrès qui sont à attendre très rapidement. La virtualisation du stockage et du réseau sont déjà là et je ne pense pas que ce sont des ces secteurs là que nous auront de grandes innovations.
En revanche, la virtualisation et la consolidation de serveurs ou même des postes clients entraînent un changement des méthodes de management des DSI. Je pense que c’est là-dessus que nous allons avoir les plus grandes innovations dans les prochaines années. Il devient très facile de créer de nouvelles machines virtuelles. Nous pourrions imaginer qu’un service Y d’une société puisse demander une nouvelle machine pour quelques heures, jours ou mois pour des besoins spécifiques. Différents aspects comme la sécurité, les coûts à facturer, la gestion même des cycles de vies des machines, etc… Des outils de management des vont être là pour gérer tout cela. Il en existe déjà aujourd’hui, mais je pense qu’il reste encore un gros travail de ce côté pour les années à venir.
Merci Nicolas pour cette présentation du monde de la virtualisation et de ses enjeux !
Posted in Interview, Virtualisation

juillet 22nd, 2008 at 6:22
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