Série GreenIT : Interview de Benoit Varin - TIC ETHIC
Greennovative a interviewé Benoit Varin, Gérant de TIC ETHIC, sur le thème du Green IT, du développement durable et de l’avenir des Systèmes d’Informations durables en entreprise. Je profite également de cet article pour le remercier pour son temps précieux !
La ligne directrice de TIC ETHIC est double : réduire l’impact des nouvelles technologies sur la planète, tout en cherchant comment ces technologies peuvent être mises au service de l’environnement.
Greennovative : Dans un premier temps, nous cherchons à convaincre nos lecteurs du bien-fondé de la démarche “Green IT”. Y a-t-il vraiment déjà un marché en France ?
Benoit Varin : Cette question en amène une autre : qu’est-ce que le GreenIT ? Chez TIC ETHIC, nous travaillons déjà sur le recyclage des déchets électroniques. C’est en effet pour nous LA priorité à court-terme. Il ne s’agit pas d’une mode qui ne fait que passer, c’est vraiment structurel : comment gère-t-on les déchets, souvent dangereux et polluants, que sont les DEEE ?
La gestion des déchets est donc pour nous le premier moyen de faire du GreenIT.

G. : Le Green IT ne se limite donc pas à des projets de consolidation serveur ?
B.V. : Non, bien évidemment. Les DEEE sont la priorité court-terme, mais le Green IT de façon plus générale est lié à la problématique du passage au vert du secteur IT. Actuellement les acteurs du secteur IT ne sont pas vraiment passés au vert, au durable. Ils recherchent comment vendre plus - et donc plus vert - mais cela s’apparente encore souvent à du “greenwashing”.
Aujourd’hui, le département IT des entreprises est la cause de 15 et 20% de leur impact sur l’environnement. Se lancer dans le Green IT, c’est donc se poser les vraies questions : comment gérer la consommation de l’IT ? les déchets ? Comment sont réfléchis les achats de l’entreprise ?
G. : Comme dans tous les domaines, il y a des “modes” en informatiques. Ainsi, chacun des sujets suivants sont “brulants” aujourd’hui. A votre avis, seront-ils “passés de mode” demain ? D’après vous, lesquels sont de vraies évolutions durables ?
- La virtualisation de serveurs ?
B.V. : La condition pour éviter que ce soit un effet de mode serait d’arriver à optimiser les équipements réseaux. Les data-centers ne sont pas encore assez optimisés à ce niveau, et si on n’atteint pas cet objectif, la virtualisation de serveurs ne restera qu’une mode.
En effet, les utilisateurs auront trop peur de perdre leurs données, les temps de réponses seront trop longs et/ou encore le bilan carbone ne sera en réalité pas meilleur qu’avec un SI non centralisé.
- G. : Les logiciels qui éteignent les postes de travail la nuit ?
B.V. : Je pense qu’on ne peut pas tout remplacer par des logiciels. Un tel soft consomme des ressources mémoire, du temps processeur… J’aimerais voir l’intérêt de cet outil par rapport à une entreprise où tous les utilisateurs éteignent leur ordinateur le soir ?
Je ne connais pas suffisamment ces logiciels, mais une analyse de leur empreinte écologique serait intéressante. L’expérience m’a souvent montré que les logiciels ne changeront jamais les comportements de leurs utilisateurs. Or c’est bel et bien leur comportement qui est le plus important !
- G. : La visioconférence ?
B.V. : Ce n’est qu’un des moyens pour faire du télétravail, du travail à distance et/ou du travail collaboratif. Ce n’est qu’un outil au service de l’organisation, et non l’inverse : la visioconférence ne pourra jamais faire l’économie d’une vraie organisation de travail à distance.
G. : Enfin, nous avons recensé ci-dessous d’anciennes grandes modes de l’informatique. La croissance du Green IT leur offre de nouveaux arguments : votre société envisage-t-elle de travailler sur certain de ces sujets ? Lesquels ?
- Le client léger (en remplacement des postes de travail actuel en entreprise) ?
B.V. : C’est une vraie innovation, qui commence à être mise en place en entreprise, grâce notamment à la virtualisation du poste de travail. Le marché est enfin mur. Chez TIC ETHIC, nous en sommes de fervents adeptes, et nous invitons les entreprises à le mettre en place, ainsi qu’à réfléchir à des architectures réseaux adaptées.
Certes, le poste de travail des employés peut être composé d’équipements à faible consommation, mais un des gros avantages est qu’avec ces technologies, des équipements reconditionnées peuvent très bien suffire, ce qui évite des déchets et des achats inutiles !
- G. : Le “bureau sans papier” ?
B.V. : A l’inverse du client léger, je ne suis pas du tout certain de la pertinence du bureau sans papier. Toute la problématique derrière est celle de la : dématérialisation. Or on se rend compte aujourd’hui que la dématérialisation n’a jamais consommé autant de papier – ce qui est un comble – mais aussi d’énergie…
De plus, le bureau sans papier n’est pas du tout équitable : on interdit l’accès à l’information aux personnes qui n’ont pas les moyens et/ou les compétences nécessaires pour y accéder.
Enfin, le zéro papier présente un risque technique important : en cas de coupure d’électricité ou de problème réseau, on sera incapable de fonctionner et de travailler ! L’entreprise devient alors très dépendante de l’énergie et du réseau. Pas de continuité ni de pérennité du système donc, pour un système qui n’est au final vraiment pas « développement durable ».
- G. : Le “télétravail” ?
B.V. : Comme dit précédemment, oui, le télétravail est une bonne chose, à condition qu’une réelle organisation soit mise en place à ce titre.
De plus, la question des déplacements se pose. En effet, qui dit télétravail dit aussi comment gérer les déplacements de l’entreprise d’une manière plus globale ?
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